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Rendez-vous à l’exposition « Auto Photo, de 1900 à nos jours », à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris. Vous y découvrirez près de 500 clichés d’une centaine de photographes différents. Et vous acquérez une expérience incontestable en prise de vue automobile.

Vous l’aurez compris, j’ai a-do-ré l’exposition Auto Photo, de 1900 à nos jours, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain (Paris, du 20/04 au 24/09/17).

Pourquoi ? Tout simplement parce que je photographie les bagnoles qui me plaisent (les miennes et celles que je croise). Et ce depuis 10, heu non, 25 ans ! Ma définition d’une « caisse » digne de ce nom passe par :

  • la sur-motorisation, comme celle de l’Alfa Roméo 75 V6 3.0 « America » (ma première Alfa),
  • le look (très) agressif, comme celui de la Dodge Challenger,
  • et le détail qui fait la différence, comme le Mustang sur la calandre d’une Mustang !

Mais j’aime aussi les Camaro, les DS Pallas 23i (avec le store arrière), les SM V6 orange des commerciaux Citroën dans les années 70. Et aussi les Range aux moteurs VM et les PT Cruiser cabriolet en version 2.4 !

Vous comprenez désormais un peu mieux pourquoi j’ai aimé « Auto Photo »… Le rapport entre auto et photo vous l’avez ? Réfléchissez…

Tout d’abord historique, depuis la fin du XVIIIe siècle avec le premier déplacement d’un engin à vapeur (le Fardier de Nicolas Joseph Cugnot). Puis jusqu’au début du XIXe avec l’héliographie (de Nicéphore Niépce) suivi du Daguerréotype (de Louis Daguerre).

Ensuite et surtout au niveau des principes d’espace-temps. L’auto se déplace dans un espace à une vitesse donnée. Quant à la photo, elle représente le juste équilibre entre l’espace (l’ouverture) et le temps (la vitesse d’obturation) !

Nous y voilà !

Ouvrir la voie – Auto Photo

Au-delà de la prise de tête du discours artistique, place à l’image ! L’exposition Auto Photo est divisée en plusieurs parties, sur deux niveaux. J’ai commencé par le rez-de-chaussée avec « Ouvrir la voie« . Elle présente des séries de photos anciennes, dont Brassaï, Robert Doisneau ou encore Man Ray.

Là je reste scotché par une photo de 1993, « Fonce Alphonse » faite par… Un radar automatique ! Jeff Guess, un américain vivant à Paris, le jour de son mariage, décide d’immortaliser l’instant. Il fit un excès de vitesse au volant de sa Peugeot parisienne, en se fit flasher sur la route. Seul bémol, il a laissé conduire Madame, le goujat…

Heureusement qu’à l’époque il n’y avait pas le système de permis à points ! Quelle drôle d’idée, j’ai adoré ! Tout simplement car moi aussi je collectionne les photos de radar lorsque je me fais flasher sur la route. Sauf qu’il ne me serait pas forcément venu à l’esprit de le faire le jour de mon mariage. Bravo !

Auto Portraits

Ensuite « Auto Portraits« . C’était d’ailleurs le nom que j’avais donné à ma rubrique Photos de voitures, c’est dire !

C’est la partie qui m’a le plus touché de toute l’exposition, avec notamment la série de photos de Langdon Clay, présentée sur écran. Réalisées à New York dans les seventies, il y a bien une cinquantaine de photos qui défilent… Chacune est une œuvre, un tableau. Beaucoup de poésie se dégage des autos et du décor dans lesquels elles sont mises en scène ! Même si on peut remarquer que le photographe avait une affection démesurée pour les Cox (La Coccinelle), la série reste cohérente du début à la fin.

Je me suis également senti proche des images de William Eggleston, car j’avais moi-même réalisé – et continue à en faire – des photos en zoomant sur des détails de carrosserie.

Enfin, clin d’œil au passage à Raymond Depardon, car on y retrouve une image de son exposition « Un moment si doux » : un couple devant sa Rolls-Royce dans une ambiance très sombre, industrielle, par temps gris.

Paysages photomobiles

Puis « Paysages photomobiles« , avec en particulier les séries de deux taxi drivers : David Bradford et Ôscar Fernando Gomez. Cadrées par la vitre ouverte de la portière passager, l’un d’eux nous propose une sorte de road trip incroyable !

A noter également dans cette partie, les photos d’infrastructures routières et auto-routières, souvent vues du ciel. Elles nous laissent un sentiment partagé entre tristesse de ces paysages déshumanisés, et esthétique graphique des échangeurs.

Ensuite, prenez l’escalier qui descend au sous-sol de l’exposition. Arrêtez-vous sur un des visuels utilisé sur l’affiche de l’expo : « Borough Prime » de Matthew Porter (2015). Comme beaucoup d’entre nous, il est fasciné par les course-poursuites, dont la plus emblématique restera celle de « Bullitt » (1968) dans les rues de San Francisco.

Matthew immortalise Steve McQueen au volant de sa Mustang en photographiant des modèles réduits en suspension. Ensuite il les intègre numériquement, sur des fonds de rues désertes de Los Angeles, New York ou San Francisco faites à la chambre. Envoutant !

Vies et Vestiges automobiles

En bas, dans la grande salle, vous découvrirez « Vies automobiles » qui retrace le rôle de l’automobile dans la société et l’histoire. Et surtout « Vestiges automobiles« , où j’ai particulièrement apprécié les vieilles carcasses recouvertes de végétation de Peter Lippmann.

Bref, allez-y… Deux fois ! La première fois pour la découverte, et la seconde pour savourer la claque que vous aurez pris la première fois. L’avantage de ce type de présentation c’est que l’on regarde plus de 450 photos d’une traite, réalisées entre aujourd’hui et parfois plus de 100 ans. Et on découvre le style de plus de 100 photographes différents !

En déambulant dans l’exposition, on rêve, on s’évade, et surtout, on apprend. On nourrit son regard, sa manière de composer, les sujets que l’on peut choisir… Ou pas !

L’expérience photo s’acquiert non seulement par la pratique, mais aussi – et surtout – en regardant les photos des autres, en les analysant, en s’en inspirant. C’est une question de maturité de l’œil, du regard, cela ne s’apprend pas à l’école.

Même si vous pouvez acquérir 75% de technique qui vous procurera probablement le même pourcentage de satisfaction en photographiant, les 25% restants relèvent de la magie, de l’instant, de l’expérience.

Vous pouvez mettre moins d’un an à acquérir les 75% de technique. En revanche, vous passerez le reste de votre vie à découvrir les 25% de magie.

Vous avez été voir cette exposition ? Si oui, dîtes moi vite ce que vous en avez pensé en commentaire ci-dessous, et je vous répondrais. Sinon, courez-y !!!… Et revenez tout de même ici me dire ce que vous en avez pensé 😉