Super Mirage 4000 Dassault

Super Mirage 4000 Dassault

Super Mirage 4000, le chasseur qui n'a jamais trouvé preneur

Dans la seconde moitié des années 1970, Dassault se retrouve dans une situation paradoxale : l'État français vient de choisir le Mirage 2000 pour équiper son armée de l'air, un monoréacteur sobre et économique. Mais la firme de Saint-Cloud parie sur quelque chose de plus grand. À ses propres frais, sans commande garantie, elle lance le développement d'un chasseur lourd biréacteur destiné à rivaliser avec ce que l'Amérique fait de mieux à l'époque : le F-15 Eagle.

Le résultat s'appelle le Mirage 4000. Ou plutôt, le Super Mirage 4000.

Un avion de tous les superlatifs

Sur le papier d'abord, l'appareil impressionne. Deux réacteurs Snecma M53 - les mêmes que sur le Mirage 2000, mais en double - lui confèrent un rapport poussée/poids supérieur à un, ce qui signifie concrètement qu'il monte plus vite qu'il n'est lourd. Il embarque trois fois plus de carburant que son petit frère monoréacteur. Sa structure intègre massivement des matériaux composites, innovants pour l'époque, et ses commandes de vol sont entièrement électriques. Des plans canards positionnés en avant des ailes complètent l'ensemble, améliorant l'agilité à haute incidence malgré un gabarit imposant.

Dans les faits ensuite : le 9 mars 1979, le pilote d'essai Jean-Marie Saget décolle d'Istres pour le premier vol. L'appareil passe Mach 1 dès ce vol inaugural. Moins d'un mois plus tard, au sixième vol, il franchit Mach 2. Il atteindra Mach 2,2 - la limite au-delà de laquelle la chaleur menace les structures en aluminium - et s'établira à 15 000 mètres d'altitude en moins de quatre minutes depuis le sol.

Au Salon du Bourget, en 1979 puis en 1981, les démonstrations coupent le souffle. L'avion monte en chandelle, frôle les 20 000 mètres, enchaîne les figures avec une aisance troublante pour un chasseur de cette taille. Il n'a rien à envier au F-15. Certains estiment même qu'il le surpasse en maniabilité.

La malédiction commerciale du Super Mirage 4000

Pourtant, aucune commande ne vient. Ni de France - l'armée de l'air reste concentrée sur le Mirage 2000 et refuse de financer une présérie - ni de l'étranger, malgré des négociations poussées avec plusieurs pays du Moyen-Orient. L'Arabie Saoudite fait miroiter un espoir : les vols reprennent en 1985, l'avion est repeint en camouflage désert, remotorisé avec des M53 améliorés. Il tient Mach 2 pendant dix-huit minutes d'affilée. Cela ne suffit pas. Les Saoudiens commanderont d'autres appareils.

En janvier 1988, le Super Mirage 4000 effectue son dernier vol. 336 au total.

Super Mirage 4000, une trace dans le Rafale

L'histoire ne s'arrête pas là. Entre les deux périodes de vols, l'appareil sert de banc d'essais pour le programme qui deviendra le Rafale. Plusieurs technologies développées ou validées sur le 4000 - commandes de vol, configuration canard, intégration des systèmes - se retrouveront sur le successeur qui, lui, entrera bien en service.

Aujourd'hui, le Super Mirage 4000 est exposé au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, dans sa livrée blanche aux liserés tricolores. Prototype unique, il n'a jamais eu de successeur, ni de jumeau. Il reste le symbole d'un avion qui n'a manqué de rien - sauf d'acheteurs.

Photos du Super Mirage 4000 Dassault

J'ai eu la chance de travailler pendant 6 ans 1/2 au musée de l'Air et de l'Espace de Paris-Le Bourget. Où cet exemplaire est présenté au public sur le tarmac. Je vous livre ici quelques clichés exceptionnels que j'ai pu réaliser sur place. Avec l'aimable autorisation du musée de l'Air et de l'Espace.

Enfin, si vous avez une question, une suggestion, un avis, ou simplement pour partager, vous aussi, quelques liens aéro, vous pouvez laisser un commentaire dans l'article du blog photo à propos du Super Mirage 4000, je vous répondrais volontiers.